[Points de Vues] Photographie & Industrie – Épisode 2 – Véronique Gricourt

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Points de Vue

Une série d’interviews sur différents sujets qui lient photographie et industrie : attractivité, ré-industrialisation, dynamiques actuelles, marque employeur… 

Épisode 2 : Rencontre avec Véronique Gricourt

  • Bonjour Véronique, peux-tu te présenter rapidement ? 

Avec une double formation initiale vétérinaire et SciencesPo, j’ai ensuite multiplié les expériences professionnelles dans différents domaines et secteurs d’activité : conseil et formation en entreprise, direction d’associations, animation de réseaux, développement économique en collectivité territoriale, administratrice du collectif start-ups industrielles France (CSI) directrice du campus des métiers des qualifications industrie de la région BFC (CMQ ITIP) , accompagnement de dirigeants industriels dans la mobilisation d’aides publiques et l’intégration dans l’écosystème local avec ma société Hypathie.

Le fil rouge de toutes ces expériences est la volonté de faire travailler ensemble différents mondes qui ont encore du mal à se comprendre : entreprises, acteurs institutionnels, monde académique.

Lors de mon expérience dans une collectivité locale rurale, j’ai été particulièrement marquée par un dossier sur lequel je me suis beaucoup impliquée avec le président de la collectivité : accompagnement à la reprise d’une entreprise industrielle, élément-clé du patrimoine local. De là est né mon intérêt pour la sauvegarde de l’industrie, en particulier dans les territoires ruraux, la réhabilitation de friches ou pré friches industrielles pour de nouvelles activités industrielles en valorisant les ressources locales, dans une logique d’économie circulaire et d’écologie industrielle et territoriale.

Crédit photo ci-dessus : Reportages-Metiers.fr – Visite de friche industrielle avec le Collectif StartUps Industrielles France

Les start-ups industrielles pouvant être des acteurs clés de ce type de démarche, je me suis beaucoup investie au sein du CSI et j’ai découvert combien les dirigeants de start-ups industrielles pouvaient apporter en termes de nouvelles visions et fonctionnement d’une industrie adaptée aux défis de la transition climatique.

Mon expérience au sein du CMQ ITIP m’a permis d’agir sur une nouvelle composante indispensable pour la réindustrialisation : l’attractivité des métiers d’industriels et des formations qui y conduisent.

 

  • En tant que photographe spécialisé dans l’industrie, je m’interroge sur les changements qui sont en train de prendre place dans le secteur, notamment autour de l’image de l’industrie, quel est ton avis sur le sujet ?
 

Effectivement, je constate avec grand plaisir que l’industrie est revenue au cœur des préoccupations, discours, annonces des dirigeants, qu’ils soient politiques, institutionnels, économiques.

Les chefs d’entreprises industrielles, qui se sentaient parfois mis au ban de la société (pollueurs, exploiteurs, conditions de travail difficile) dans un monde où on valorisait le service, retrouvent leur fierté et découvrent le plaisir d’ouvrir leurs usines au grand public.

Il reste un défi de taille, celui de redorer l’image de l’industrie auprès du grand public, et en particulier des jeunes et des demandeurs d’emploi. Dans un territoire rural comme celui où j’habite, fortement marqué par la déprise industrielle, il faut arriver à ce que les parents d’aujourd’hui (et les professeurs) cessent de dire « Tu n’iras pas à l’usine mon fils, tu feras du marketing » et aient envie de dire à leurs enfants et élèves « Tu trouveras dans l’industrie un métier intéressant, bien rémunéré, porteur d’avenir, qui te permettra de participer activement à la transition climatique »

 

Crédits photos ci-dessus : Reportages-Metiers.fr – Photos réalisées pour le Groupe Lacroix Emballages Industriels

 
  • On parle d’imaginaire collectif à recréer autour de l’industrie, les choses bougent dans le bon sens mais encore trop peu d’entreprises franchissent le pas de mettre de vraies images sur leur métiers. On trouve encore beaucoup de banques d’images stéréotypées et dépourvues de sens, ou de photos vieillissantes, d’après toi, qu’est ce qui peut freiner cette distance avec la transparence et la modernité dont l’industrie a besoin ?
 
Il est vrai qu’on trouve encore trop d’images stéréotypées dans lesquelles le grand public et en particulier les jeunes ne peuvent pas se retrouver. La génération d’images par IA ne fait qu’aggraver la situation.
 
Il me semble que la raison de la frilosité des chefs d’entreprise en matière de photos tient à plusieurs facteurs : 
 
– comme exprimé plus haut, ils ont tellement reçu de messages négatifs sur leur activité qu’ils n’ont pas encore pris l’habitude de valoriser celle-ci ; 
 
– la majorité des entreprises industrielles sont des PMI avec peu de moyens, de compétences et de temps disponible en termes de communication ; 
 
– les chefs d’entreprise n’ont pas encore perçu la valeur ajoutée de cette communication, en particulier des photos, pour leur activité.
 
En revanche, ces derniers mois, les grosses entreprises industrielles investissent assez massivement dans la communication autour de leurs métiers ; je pense par exemple à Framatome, près de chez moi, qui diffuse de superbes photos et vidéos d’activités très impressionnantes.

Crédits photos ci-dessus : © Framatome, Cyrille Dupont (The Pulses)

 
  • Les territoires et les collectivités jouent un rôle important dans la valorisation des industries, d’après toi, quel maillon de la chaine est-il nécessaire de renforcer pour favoriser l’attractivité des territoire et de ses industries ?
 

Les territoires et collectivités jouent effectivement un rôle important dans la valorisation des industries, mais cela est assez récent et vrai pour les collectivités de taille importante. Les collectivités des territoires ruraux, qui me sont chers, gagneraient à mieux connaître leurs industries pour les valoriser mais elles manquent d’ingénierie pour cela. Le dispositif Territoire d’Industrie est un accélérateur et facilitateur en ce sens.

Un autre maillon crucial pour favoriser l’attractivité de l’industrie et de ses métiers, c’est celui du monde académique et de la formation. Les formations professionnelles aux métiers industriels sont encore des filières dévaluées et trop mal connues. Il est essentiel de faire connaître aux parents d’élèves, aux demandeurs d’emploi, aux professeurs, aux responsables d’orientation, aux prescripteurs de l’emploi tout l’intérêt de ces métiers industriels.

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 Crédits photos ci-dessus : Dimitri Tolstoï – Exposition Territoires d’Industrie à Paris (ANCT et SCNF)

 
  • Le secret professionnel de certaines entreprises est un sujet qui revient souvent mais qui peut facilement être contourné en photographie, notamment en faisant des choix artistiques permettant de ne montrer qu’une partie de la fabrication, de l’outil ou du geste. Est-ce que tu penses qu’il soit quand même pertinent de communiquer sur un savoir-faire protégé ?
 
Je ne suis pas assez qualifiée dans ce domaine pour pouvoir répondre. En revanche, et d’après mon expérience, il me semble qu’il doit y avoir, dans toute entreprise industrielle, des éléments qui peuvent être photographiés pour valoriser l’entreprise, ses métiers, la qualité de vie au travail, son ambiance, son avancée technologique, etc. sans dévoiler des secrets technologiques ou de savoir-faire. 
  • De nombreuses entreprises font face à des problématiques de recrutement et la « marque employeur » arrive enfin dans les sujets prioritaires, quels conseils donnerais-tu aux autres entreprises qui ne savent pas par quel bout commencer ?
 
C’est un sujet auquel j’ai été sensibilisée dans mes dernières expériences. Pour avoir travaillé avec une équipe de jeunes chargés de mission au CMQ ITIP, j’ai pu constater combien leur approche, leur connaissance du langage, des aspirations des jeunes générations étaient intéressantes pour les chefs d’entreprises industrielles, et surtout leur service RH.
Les chefs d’entreprise et les responsables RH doivent se rapprocher des jeunes et autres populations qu’ils souhaitent recruter en ouvrant leur entreprise pour des visites (voir offre spéciale pour la visite d’entreprise ici), en allant dans des classes de collèges, de lycées, d’IUT, d’écoles d’ingénieurs pour se faire connaître et écouter les élèves, en créant des ateliers de TP avec les professeurs et leurs élèves, en participant ou initiant des concours de photos, vidéos, etc.

 Ci-dessus un exemple d’initiative mis en place fin 2023 avec le CMQ ITIP autour de la photographie et de l’industrie

  • Connais-tu des outils ou dispositifs qui pourraient favoriser la création de ce nouvel imaginaire collectif pour les industriels ? 
 
Il y a beaucoup d’initiatives en ce sens depuis quelques mois, et comme toujours il serait intéressant de les connecter entre elles.
En termes de communication, je pense en particulier au dispositif « Je filme le métier qui me plaît » , à l’outil FORINDUSTRIE, ou bien encore aux photos affichées dans Paris dans le cadre du programme Territoire d’Industrie.
 
  • Le mot de la fin ?

L’industrie fait face à des défis de recrutement importants et croissants, et va devoir élargir de plus en plus son sourcing. Après une période de désamour de l’industrie, la tâche est rude pour remonter la pente et donner envie. La photographie peut être un fabuleux outil pour faire connaître et valoriser l’industrie et ses métiers. Pour cela, il me semble crucial que les spectateurs (jeunes générations, demandeurs d’emploi, public en reconversion, public éloigné de l’emploi, etc.) puissent se projeter dans ces photographies : 

– soit parce qu’ils en sont acteurs, 

– soit parce qu’ils reconnaissent une entreprise – un métier – un territoire de leur environnement, 

– soit parce que l’image renvoie à leur quête de sens.

portrait Jerome Poulalier

Mes informations

jerome@reportages-metiers.fr
06 84 92 57 78

« Vous en avez assez des photos de banques d’images stéréotypées ? Vos photos commencent à dater ou sont de qualité insuffisante pour votre communication ? Offrez vous un reportage par un photographe d’industrie professionnel

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